Billets qui ont '2026-04-02' comme date.

Pas de petit plaisir

Comme j'ai une réunion importante, nous sommes partis tôt et nous petit-déjeunons gare de Lyon (ça permet de réduire le risque de retard dû aux trains).

Nous nous installons à une table, H. se lève et revient avec un gobelet, hilare:
— J'ai eu droit à «Bonne dégustation» pour un verre d'eau.

Le voisin frétille

Cela fait environ un an que nous avons un nouveau voisin. C'est un quinquagénaire solitaire, discret et triste. Nous sommes deux maisons de ville mitoyennes et de l'étage nous avons une vue plongeante sur son minuscule jardin, ou terrasse: espace clos et dallé de six mètre sur quatre, avec un barbecue sur roues et un énorme pot de basilic.

Il y a installé trois vastes parasols ouverts quasi toute l'année. Dessous il fume une partie de la nuit en regardant des films sur sa tablette. Malgré les rideaux occultants, les appliques de sa façade se projette directement sur le plafond de notre chambre. Nous avons hésité (ne pas se fâcher avec un voisin tout neuf, de bonnes relations de voisinage sont essentielles à une vie heureuse) puis nous lui avons demandé s'il était possible qu'il pense à éteindre sa lumière quand il allait se coucher, ou même, idéalement, qu'il éteigne à minuit, en même temps que l'éclairage municipal, avant ne faisant pas grande différence.
Il s'est excusé et nous a promis de faire attention. Il tient parole.

Ce soir, vers dix heures, H. remarque:
— Tiens, c'est éteint chez le voisin.
— Pas possible, il est peut-être malade ?
— Mais non, je l'ai vu ce matin, il était frétillant.

Roubaud

H. est parti voir sa mère avec les enfants (je me suis engagée à l'accompagner le plus souvent possible car y aller seul le déprime, mais comme il y a les enfants je me suis désistée).

Je me suis lancée dans le ménage en continuant à écouter Jacques Roubaud. Il évoque beaucoup la mémoire, avec l'idée qu'on se souvient de ce dont on s'est souvenu: j'écris ce dont je me souviens, je le relis, je me souviens de ce que j'ai écrit (et non plus des faits, si tant est qu'on se souvienne jamais des faits).
Je me sens plus proche de la vision de Nabokov: une fois que j'ai écrit, j'oublie ce que j'ai écrit, car je suis déchargé de la charge de me souvenir: je saurai où retrouver mon souvenir.

Roubaud se plaint (ou regrette, ou constate) qu'il perd la mémoire en vieillissant. Il donne l'âge de soixante, soixante-cinq ans, ce qui me paraît encore jeune. A un moment il parle «d'anesthésies qui lui ont lessivé le cerveau» et je comprends mieux.
Je découvre avec ravissement que dans Ode à la ligne 29 des autobus parisiens, il parle du glacier Raimo. Peut-être y organiser une réunion amicale des anciens des jeudis de l'Oulipo?

Je lave et j'astique. Il est clair que je ferai pas tout ce que j'avais prévu. Mais c'est déjà mieux. L'aspirateur n'aspire plus rien. Il faudra le changer. Aurai-je la patience d'attendre d'avoir utilisé l'ensemble des sacs aspirateur achetés d'avance? (c'est mon côté paysan: consommer ce qui est acheté.)

Le soir j'emmène Martial au restau mexicain à Fontainebleau. Il poursuit des études de journaliste à Lille et me raconte ses expériences, par exemple faire une intervention de cinq minutes sur un sujet qui demanderait douze heures. Je suis surprise des stages qu'il décroche, dans de grands groupes télévisés. Je ris: «En fait, le stagiaire BFM, c'est toi».

Nous rentrons. H. nous annonce: «c'est la guerre».
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