Alice du fromage

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Billets qui ont 'Potsdam' comme ville.

mercredi 15 juillet 2026

Potsdam tranquille

J'ai tendance à oublier que ne rien faire est l'essence des vacances.

Durant ce voyage, lorsque je me réveille naturellement à quatre ou cinq heures du matin, j'en profite pour faire un peu… de compta (j'aimerais bien bloguer, mais en pleins préparatifs des 8JF (8 jours de Fontainebleau, compétition de planeur), il y a toujours un pointage à faire ou une facture à régler (si tant est que les 8JF aient lieu, entre la canicule et les interdictions préfectorales et les incendies et les recommandations de la DGAC)). Puis je me recouche, sauf si H. se réveille entretemps, auquel cas la journée commence et il me manque quelques heures de sommeil.
Je me souviendrai de ne plus partir en vacances avant la dernière semaine de juillet (c'est ma première année de trésorière, je ne le savais pas).

Aujourd'hui recouchée vers cinq heures et demie, levée à sept heures, appris que la France avait perdu (zut), petit déjeuner avant le rush du reste de l'hôtel (buffet de petit déjeuner très salé, avec rollmops et jus de carotte), piscine une demi-heure (j'ai trouvé mon pince-nez au fond de ma valise, youpi, j'avais oublié que je l'avais emmené), puis flânerie dans les rues de Potsdam, sans autre but que la curiosité et le bitchage.
Acheté deux paires de chaussures, blanches et vert amande, pour marcher à plat sans pour autant être en baskets (robe-baskets, je ne m'y fais pas), déjeuné dans un restaurant coréen. Admiré le marketing de la fast-food à la coréenne ou à la turque: les enseignes ont pris la peine de copier l'aspect des affiches de MacDo ou Burger King et ajoutent dans la composition de leur burger l'ingrédient qui fait la différence, kimchi ou viande d'agneau hâchée. C'est malin et le design fait pro.

Embarcadère au pont Lange (Lange Brücke) à deux pas du musée Barberini. Balade de deux heures sur les lacs et canaux de Potsdam. Trop de chaleur sur le pont, nous sommes à l'intérieur climatisé à manger de la glace à la fraise et à écrire des cartes postales. Nous écoutons d'une oreille distraite les explications du guide. Châteaux de styles variés, demeures impressionnantes, appartenant ou ayant appartenu à des célébrités politiques ou artistiques. Un œil non averti ne distingue pas l'est de l'ouest. En trente ans les arbres ont poussé et le no man's land a disparu.
C'est une jolie balade, je recommande.

Retour tranquille à l'hôtel, Wildberry Lillet, puis de nouveau restaurant russe, à 18h45 puisque nous n'avons pas réussi à prendre de réservation. Déborah, la correspondante allemande de notre fille que nous avions emmenée avec nous aux Etats-Unis en 2012, nous attend. Nous l'avons revue en 2022, elle a maintenant 29 ans, elle est fiancée depuis deux mois (à un Indien travaillant à Oslo rencontré il y a deux ans lors d'un colloque au Portugal, ô jeunesse, ô châteaux). Elle nous raconte leurs hésitations: est-ce lui qui va venir travailler à Berlin ou elle à Oslo; la Norvège n'est pas dans l'Union européenne et les Norvégiens travaillent en norvégien (pas en anglais, vive la traduction informatique instantanée) mais la Norvège est magnifique, montagneuse, Oslo est traversée par une large rivière dont les cascades gèlent en hiver… Elle en revient de l'avant-veille et son horloge biologique est encore bouleversée par la longueur des jours d'été là-bas.

Dernier verre à l'hôtel, longue hésitation pour traduire flaschengärung: fermentation en bouteille, est-ce méthode champenoise? Nous voulions un verre de champagne, il n'y avait que des bouteilles, nous avons pris un Riesling au verrre, sans doute un crémant, tout à fait satisfaisant (mousseux, pétillant, crémant, méthode champenoise, je mets le lien car le site (trouvé par hasard) est intéressant: il propose des courses consignées).

mardi 14 juillet 2026

Sans Souci

La salle du petit déjeuner raconte l'histoire de la pension Eiche1 («les Chênes»), avec des photos des années vingt et et trente, serveuses à coiffes blanches dont la forme rappelle les nœuds alsaciens, canotage et patins à glace. Buffet garni de coupelles que nous n'identifions pas pas et que je goûte en mettant une demi-cuillère de chaque sur mon assiette (acide, salé, vinaigré, crémeux, huileux. Bien différent à la fois des petits déjeuners français et anglais).

Départ. Je conduis. Autoroutes. Pluie battante. Avec ma voiture à propulsion, il ne faut ni freiner ni tourner brutalement sur route mouillée. On n'y voit rien; curieusement les phares des voitures ne sont pas allumés, peut-être la lumière est-elle trop blanche. Je me cale derrière un camion et nous roulons ainsi jusqu'à Sanssouci. La pluie s'arrête à peu près quand nous nous garons. L'accès au parking est libre, c'est-à-dire que nous ne prenons pas de ticket, mais payant: nous sommes censés payer aux caisses automatiques en partant ou en ligne2.

Château de Sanssouci que je n'avais pas visité en 2017, nouvelles chambres des invités. Je suis très déçue car l'orangerie est fermée, en pleine réfection. Je suppose qu'elle rouvrira modernisée pour le tourisme de masse. Je suis contente de l'avoir visitée avant, en 2017. J'avais adoré les proportions de la salle aux Raphaël.
Vignes et figuiers en terrasse, jardins, jardins, jardins, tonnelles, fontaines, bancs, trouées et perspectives. Ce parc est fantastique.

Nous trouvons par hasard un café au coin de la laiterie, au dos des bains romains (eux aussi fermés pour travaux). Chaises longues, tables, parasols, ombre, orties, le premier arrivé choisi son emplacement, il semble qu'on puisse rester l'après-midi entier sans consommer, à deviser au bord du ruisseau, pub pour Théodore Fontane sur les tables. Nous prenons la dernière table à l'ombre, gentiment H. va commander à l'intérieur. Saucisse ou saucisse, alors ce sera saucisse. Il ramène un gros bretzel pour patienter et un minuteur qui doit biper quand les saucisses seront prêtes. C'est long mais on est bien, hors du temps, la cour est jolie. S'ils prenaient la peine d'arracher les orties il y aurait la place pour davantage de tables à l'ombre, mais je suppose que s'ils commençaient à se préoccuper de cela, des objectifs de rentabilité se profileraient assez vite: adieu l'atmosphère brumeuse à la Grand Meaulnes de l'endroit.

Visite de Charlottenhof à deux pas, tout à fait charmant. (Ne se visite que guidés, avec de gros chaussons de feutre pour ne pas abîmer le parquet).
Dans le jardin, nous admirons une fois de plus l'art de la tonnelle et le guidage des vignes.
Retour par le pavillon chinois, remontée vers le moulin qui sert de point de repère, parking, départ pour l'hôtel à Postdam.

Après installation, un verre en terrasse (un hugo et un Lillet-fruits des bois) et la question habituelle: où manger ce soir?
Il y a un restaurant russe à deux cents mètres, allons-y. C'est ainsi que nous sommes tombés par hasard sur un quartier emblématique de Potsdam, le quartier russe, qui ne date ni des Russes blancs, ni des soviétiques, mais de l'amitié entre deux empereurs, Alexandre 1er de Russie et Frédéric-Guillaume III de Prusse.
Il faut se souvenir que H. et moi sommes des demi-slaves, lui yougoslave, moi polonaise. Dans les familles pauvres du début du XXe, le maître-mot était intégration. Pas question de transmettre la langue aux petits-enfants (quelle drôle d'idée, à quoi cela aurait-il servi au temps du rideau de fer?); ce qui nous reste est donc quasi uniquement des souvenirs de goûts et de saveurs, la cuisine de nos grands-mères3. Nous dînons en évoquant des souvenirs d'enfance dans ce jardin tranquille.

A notre arrivée vers 19h30, la serveuse a hésité à nous laisser entrer: la cuisine ferme à vingt heures. En conséquence, et instruits par nos précédentes expériences, nous commandons prudemment nos desserts au début du repas.
Ce à quoi nous n'étions pas préparés, c'est qu'elle apporte à H. sa glace en même tant que son pot brûlant «à la cosaque»: «la cuisine ferme à vingt heures», s'excuse-t-elle en déposant le dessert.
Nous la regardons, effarés. Elle parle à peine anglais et ne se semble pas maîtriser l'allemand beaucoup plus que nous. Je tente d'expliquer par gestes: il fait chaud dehors (geste des mains indiquant l'atmosphère), le dessert est glacé (mains posées sous l'assiette), cela va fondre (mains au-dessus de l'assiette faisant le geste de dégouliner), voix implorante, n'aurait-elle pas un fridge? a frigo? a freezer? (espérant désespéremment qu'un mot moderne soit identique en russe). Elle ne comprend pas, secoue la tête, répète «la cuisine est fermée». Soudain, son regard s'allume, elle dit quelque chose qui doit signifier qu'elle s'occupe de tout et repart avec l'assiette.
Elle la ramènera vingt minutes plus tard. La glace a un peu coulé, mais l'essentiel est sauvé.



Note
1: langue française disponible en bas de page.
2: on a testé, ça marche: deux jours plus tard nous avons tapé l'adresse du site dans notre navigateur, entré notre immatriculation. Sont apparues nos heures d'arrivée et de départ (11h20 / 17h) et le montant dû (13€). Souriez, vous êtes filmés. Mais c'est quand même pratique.
3: et l'incapacité viscérale à croire au communisme ou à le trouver romatique. Nous nous souvenons de nos parents dans les années 70 en train d'envoyer du café ou des médicaments à la famille à l'est.
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